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5. LE LEADERSHIP ET LA JUSTICE ORGANISATIONNELLE

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l’adversité imposent une injustice perçue supplémentaire (Folger, 1993a; Folger et al., 2001). Ce

mode de réaction est connu sous le nom de l’effet Churchill. Au lendemain du bombardement de

Pearl Harbor, Winston Churchill adresse un télégramme à l’ambassadeur du Japon à Londres,

l’informant de la déclaration de guerre officielle de la Grande Bretagne au Japon. Ce courrier se

termine par la formule de politesse suivante «

I have the honour to be, with high consideration, Sir, Your

obediant servant, Winston S. Churchill

» (cité par Folger et al., 2002, p. 170). Reprise par la presse, cette

formule de politesse engendre une vive réaction du peuple britannique, soulevant l’indignation des

sujets de sa Majesté qui n’ont pas compris que l’on fasse montre de politesse à l’égard de l’ennemi.

Quelques années plus tard (1950), revenant sur cet épisode dans ses mémoires, Winston Churchill

répondra

« When you have to kill a man, it costs nothing to be polite »

. Mais il semble que la politesse et la

sensibilité interpersonnelle aient un coût, raison pour laquelle nombre de managers ont des

difficultés à faire preuve de sensibilité et de respect à l’encontre de leurs subordonnés lors de

décisions difficiles. En effet, pour Folger et Skarlicki (2001), on peut envisager, sur le plan

émotionnel, qu’une augmentation de la détresse émotionnelle entraîne une mise à distance de la

victime, particulièrement si le manager se considère comme responsable de la situation. Sur le plan

cognitif, le coût perçu par le leader est à l’origine de la prise de distance. Ainsi, en focalisant son

attention sur des problèmes potentiels, il est possible que le leader perde de vue l’ensemble de la

situation et que son évaluation de celle-ci soit distordue, ne lui permettant plus d’envisager des

solutions possibles. Folger et Skarlicki parlent de déficience de perspectives, de myopie cognitive;

pour Molinski et al. (2005), il s’agit d’états psychologiques médiateurs. Ici la médiation est entre la

tâche à accomplir et l’action du manager, par le biais, entre autres, de l’impact des jugements, des

croyances, de l’appréhension de la situation ou encore de la responsabilité perçue du leader. Même si

les décisions difficiles et leur exécution font partie intégrante de la fonction du leader, elles ont un

coût pour les protagonistes et sont souvent génératrices de sentiments d’injustice chez les uns et de

malaise chez les autres.