5. LE LEADERSHIP ET LA JUSTICE ORGANISATIONNELLE
150
articulant les processus cognitifs d’attention, de jugement, d’intention et de comportement des
individus avec l’influence des facteurs situationnels et individuels tels que les biais cognitifs et
perceptuels, les intuitions et les émotions du décideur.
5.3.1.2. La croyance en un monde juste
Dans le cadre des antécédents motivationnels des comportements de justice, une perspective,
désormais classique, est celle de la croyance en un monde juste, selon les travaux de Lerner (1980).
L’importance des travaux de Lerner sur les motivations de justice des individus est considérable et
saluée par tous dans un ouvrage «
The Justice Motive in Everyday Life
» (2008). Dans cet ouvrage,
Lerner confie sa passion pour la justice : «
J’ai passé la majeure partie de ma vie en tant que psychologue à
essayer de comprendre pourquoi les gens sont attentifs à la justice …Les exigences de justice ont le pouvoir de
légitimer et, par moment, réclament le sacrifice des libertés, des vies, et du bonheur. Aucune autre norme ou
valeur séculaire n’a de pouvoir comparable
» (p. 10).
Selon la théorie du monde juste (Lerner, 1980), les actions des individus sont expliquées en
premier lieu par le besoin de justice et la notion que ce qui arrive à autrui n’est pas le fruit du hasard;
aussi, les jugements du caractère juste ou injuste d’un évènement sont appréhendés et évalués au
regard du caractère méritoire ou non, de l’évènement pour la victime, principe selon lequel les
individus méritent ce qu’ils ont et ont ce qu’ils méritent (Scott, Colquitt & Paddock, 2009), se
protégeant ainsi de la menace que représentent des circonstances aléatoires. Ainsi que le souligne
Batson (2008), cette forme de motivation du besoin de justice est de percevoir le monde comme
étant juste et non d’être juste. Aussi, afin de maintenir leur croyance en un monde juste, les leaders
pourront être motivés à s’engager dans des comportements justes, parce qu’ils ont la conviction que
c’est ce qu’il convient de faire; inversement, ils pourront être motivés à s’engager dans des
comportements injustes, dans l’optique de rétablir un équilibre, auprès d’individus qui, par exemple,
violent les normes sociales de comportement. Ainsi, dans une optique de justice restaurative, le
leader pourra s’engager dans des comportements déviants (Scott et al., 2009).




