5. LE LEADERSHIP ET LA JUSTICE ORGANISATIONNELLE
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composante morale de ces motivations chez les leaders. Selon Blader et Tyler (2003), les leaders ont
la possibilité d’allouer certaines ressources appartenant à l’organisation, sur la base de leur pouvoir
discrétionnaire, de manière informelle, généralement à l’insu de la hiérarchie et des collègues de
travail du bénéficiaire. Ces ressources sont le plus souvent du temps libre accordé sur le temps de
travail, une prime exceptionnelle, des formations ou encore le prêt voir le don de matériel de
l’organisation. Ces comportements managériaux sont un exemple de la théorie de Lerner (1980), par
l’illustration qu’ils donnent de la motivation du leader à s’engager dans des comportements de justice
compensatoire d’une injustice perçue à l’égard de leur subordonné. En effet, ils rétablissent un
sentiment de justice par la distribution de remèdes invisibles et ils génèrent un « effet Robin des
Bois » que Nadisic (2008) définit comme «
l’impact que les remèdes invisibles peuvent avoir sur les attitudes et
les comportements subséquents des employés
» (p. 104). Selon cet auteur, la compensation des injustices
permet au manager de satisfaire à ses standards moraux. De manière générale, les individus, pour qui
la moralité est une composante centrale, ont une plus forte tendance à régler les problèmes inhérents
aux perceptions de justice et à réagir aux injustices. Ainsi, certains leaders peuvent s’engager dans des
comportements déviants, répondant au besoin de croire en un monde juste (Lerner, 1980), sous
couvert de moralité et de rétablissement de la justice. Les subordonnés qui ont une forte identité
morale (Aquino & Reed, 2002) ont plus tendance à s’engager dans des comportements immoraux
(vols, …), justifiés par le rétablissement d’un préjudice estimé (Aquino, Reed, Lim, Felps & Freeman,
2007, cité dans Skitka & Bauman, 2008).
Pour conclure et au regard des développements des connaissances théoriques et des implications
mises en évidence dans les organisations, la perspective morale apparaît bien comme une
composante importante des antécédents des comportements des individus quant à leur motivation à
s’engager dans différents types de réponses comportementales (Skitka et al., 2008), éthiques ou non
éthiques, engageant leur responsabilité morale.




