5. LE LEADERSHIP ET LA JUSTICE ORGANISATIONNELLE
149
construit sur une base d’identification sociale. L’identité morale est composée de deux dimensions :
l’internalisation qui correspond au degré de centralité des traits moraux chez le sujet et la
symbolisation, qui reflète le degré d’expression publique de cette identité. L’importance de l’identité
morale pour le leader intervient comme un mécanisme d’autorégulation entre le raisonnement moral
et l’action morale du leader (Aquino & Reed, 2002). Ainsi, ce mécanisme expliquerait pourquoi des
individus qui ont le même point de vue moral, agissent différemment, selon l’importance ou la
centralité que revêt l’identité morale dans le concept de soi du leader (Skitka & Bauman, 2008). Les
individus dont l’identité morale constitue un élément central de leur identité font état de moins de
comportements déviants (par exemple : vol) que les individus qui ont une identité morale moins
centrale dans leur concept de soi lorsque l’environnement organisationnel est perçu comme étant
juste. Par contre, lorsque ces individus (identité morale centrale) se sentent injustement traités, ils
éprouvent un besoin de restauration de justice plus élevé et sont alors motivés à s’engager dans des
comportements moins éthiques que les individus dont l’identité morale est moins centrale (Skarlicki
& Folger, 1997; Skitka et al., 2008).
Faisant le constat des limites de chacune des perspectives cognitive et d’identité sociale, une
nouvelle approche se propose de réunir ces perspectives, selon la proposition que les
comportements éthiques sont le résultat de la combinaison des jugements éthiques et de l’identité
morale de l’individu. Reynolds et al. (2007) ont opérationnalisé les jugements éthiques selon les
composantes d’utilitarisme et de formalisme et l’identité morale de l’individu, et ont évalué leur
impact sur les comportements des individus, en fonction de la présence ou de l’absence de
consensus social à propos de différentes actions (par exemple : don ou participation à des œuvres
caritatives ou tricherie à des examens). Ils montrent ainsi que les jugements éthiques et l’identité
morale de l’individu interviennent dans les motivations de ses comportements. De plus, les effets
d’interaction mis en évidence supportent une perspective intégrée des recherches à venir.
Selon la méta-analyse « qualitative » de Tenbrunsel et al. (2008), cette approche intégrée est
aujourd’hui la perspective qui guide les recherches sur les processus décisionnels éthiques, en




