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6. LE LEADERSHIP JUSTE : DEFINITION ET MODELISATION

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leader. Après avoir décrit les motivations instrumentales et relationnelles du besoin de justice des

individus, une troisième approche est celle de Folger (2001) qui propose d’inscrire les

comportements de justice dans une perspective morale : la perspective déontique. S’inscrivant dans

un paradigme des théories de l’évolution, Folger et Skarlicki (2008) notent que l’adaptation de

l’Homme et de ses processus psychologiques s’est constituée en réponse aux menaces rencontrées

dans son environnement et a été encodée et transmise dans notre patrimoine génétique en

continuant d’influencer nos comportement sociaux d’aujourd’hui. Le modèle déontique de justice

décrit des réactions émotionnellement chargées lors d’évènements qui contreviennent aux normes

morales des conduites sociales, typiques des perceptions d’injustice. De fait, «

la perspective déontique

suggère que les normes morales et sociales (qu’elles soient conscientes ou subconscientes) préexistent à un

évènement qui déclenche une réaction

» (Folger & Skarlicki, 2008, p. 35).

Sur cette base, Leung et Tong (2003) ont proposé le modèle normatif de justice. Ce modèle est

une approche prescriptive de la justice organisationnelle qu’ils envisagent comme étant basé sur des

normes socialement construites et non sur un traitement cognitif déductif. Selon Leung et al. (2003),

les individus ont des normes concernant la justice et notamment le caractère moral de celles-ci. Ils

définissent le modèle normatif de justice selon deux types de normes de justice en distinguant les

normes personnelles de l’individu, qui sont celles auxquelles il adhère d’avec les normes sociales, qui

représentent des standards et des principes de justice socialement acceptés. Aussi, remarque-t-on

que la définition qu’ils font des normes personnelles ou internalisées de justice s’apparente

fortement à la notion de valeur de justice de l’individu (Rokeach, 1973; Schwartz, 1992); en revanche,

les normes externes de justice correspondent bien à la définition des normes sociales, telles que nous

les avons décrites, c'est-à-dire partagées par le groupe. Selon Leung et al. (2003), l’approche

normative permet de comprendre les comportements de justice des leaders, en les détachant du

caractère purement moral du modèle déontique (Folger, 2001) ou du modèle des besoins

(Cropanzano et al., 2001), tous deux basés sur des motivations internes à l’individu, et permet une

appréhension des influences du contexte et de l’interaction des motivations internes (normes