6. LE LEADERSHIP JUSTE : DEFINITION ET MODELISATION
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d’utiliser le modèle qui en découle, à savoir le modèle des besoins multiples, comme base de réponse
au fonctionnement motivationnel sous-jacent du leadership juste.
Les modèles qui expliquent les mécanismes des besoins de justice sont classiquement au nombre
de trois (cf. la description détaillée en première partie de ce travail), à savoir le modèle instrumental
(Thibaut & Walker, 1975), le modèle relationnel (Lind & Tyler, 1988; Tyler & Lind, 1992) et le
modèle déontique (Folger, 2001). Chacun de ces modèles permet d’appréhender un ensemble
congruent de motivations possibles de l’intérêt et du besoin des individus à évoluer dans un
environnement juste et, par opposition, de la menace que représentent les contextes et les leaders
injustes (Cropanzano, Byrne, Bobocel & Rupp, 2001) ainsi que des réactions qui en découlent
(Colquitt et al., 2001). Mais ces modèles offrent des perspectives individuelles dans la mesure où ils
appréhendent une motivation particulière. Or, comme les évolutions théoriques l’ont montré
(Colquitt, Greenberg & Zapata-Phelan, 2005), les attitudes et les comportements des individus ne
peuvent être expliqués par une seule et même motivation. En 1997, Williams, dans ses travaux sur
l’ostracisme
(« l’exclusion d’un individu ou d’un groupe de la part d’un autre individu ou groupe
», p. 142),
propose le modèle des besoins multiples dans lequel il identifie quatre besoins essentiels des
individus : 1) l’appartenance, 2) l’estime de soi, 3) le besoin de contrôle et 4) un sens à notre
existence. Notons que cette taxinomie est concordante avec l’ensemble des besoins identifiés par les
différentes modélisations de justice. Reprenant cette dénomination dans le contexte de la justice
organisationnelle, Cropanzano et al. (2001) proposent ce modèle, en intégrant les trois modélisations
classiques de la justice en une seule structure qui regroupe les quatre besoins essentiels précités. Le
modèle instrumental permet d’appréhender le besoin de contrôle, le modèle relationnel permet,
quant à lui, d’appréhender le besoin d’appartenance et le besoin d’estime de soi alors que le modèle
déontique appréhende le besoin de donner un sens à son existence.
Notre intérêt pour le modèle multiple des besoins se décline selon trois axes : 1)
la perspective
motivationnelle du leader
dans la mesure où la mise en évidence du caractère général des besoins
identifiés (Williams, 1997) est cohérente avec les différentes motivations possibles des




